Témoignage : adulte dyspraxique, comment j’ai appris à vivre avec mon trouble à 35 ans
Marie a 35 ans. Diagnostiquée dyspraxique à 31 ans après des années de malentendus, de maladresses inexpliquées et d’estime de soi fragilisée, elle partage avec une franchise remarquable son parcours de vie avec la dyspraxie et ce que le diagnostic tardif a changé.
Une enfance semée d’embûches sans explication
Quand j’étais enfant ma maladresse était le sujet de conversation habituel de ma famille. Je renversais tout, je tombais souvent, je ne savais pas faire du vélo à 10 ans et mon écriture était illisible malgré des heures de pratique. À l’école les cours de dessin et de travaux manuels étaient une source de honte permanente. Mes créations étaient toujours les moins bien présentées de la classe, pas par manque d’effort mais parce que mes mains ne produisaient pas ce que mon cerveau imaginait. Les enseignants me disaient que j’étais capable mais que je ne faisais pas assez attention. J’ai cru cette explication pendant des années. J’ai grandi en me convainquant que j’étais naturellement maladroite et désorganisée, que c’était un défaut de caractère que je n’arrivais pas à corriger malgré ma volonté.
L’âge adulte : adapter, compenser, s’épuiser
À l’âge adulte j’ai développé des stratégies compensatoires très efficaces que je ne reconnaissais pas comme telles. Je préparais mes tenues la veille pour ne pas perdre de temps à m’habiller le matin. Je prenais des notes à l’ordinateur depuis mes premières années de travail parce que personne ne pouvait lire mon écriture. Et j’évitais systématiquement les situations où ma maladresse pourrait être visible : les repas en groupe, les activités sportives, les travaux manuels en tout genre. Ces évitements avaient rétrécit progressivement ma vie sociale sans que je m’en rende clairement compte.
Le diagnostic à 31 ans : un séisme libérateur
Le diagnostic est arrivé par hasard lors d’une consultation chez une neuropsychologue pour un bilan de burn-out. Elle m’a posé des questions sur mon enfance et mon parcours scolaire et m’a dit, avec une douceur que je n’oublierai jamais, que ce que je décrivais ressemblait beaucoup à un trouble développemental de la coordination, la dyspraxie. Le bilan qui a suivi a confirmé le diagnostic. J’ai pleuré pendant deux jours. Pas de tristesse mais de soulagement. Enfin une explication pour toute une vie de maladresses inexpliquées. Et enfin la preuve que ce n’était pas de ma faute, que ce n’était pas un défaut de caractère mais une différence neurologique réelle.
Ce que le diagnostic a changé concrètement
Le diagnostic a d’abord changé le regard que je portais sur moi-même. La culpabilité et la honte qui accompagnaient chaque maladresse ont progressivement cédé la place à une forme de bienveillance envers moi-même que je n’avais jamais connue. J’ai commencé l’ergothérapie à 32 ans. Pas pour guérir, m’a dit l’ergothérapeute, mais pour comprendre mes difficultés et optimiser mes compensations. Ces séances m’ont apporté des outils et une compréhension de mon fonctionnement qui ont transformé mon quotidien. J’ai aussi obtenu la RQTH qui m’a permis d’aménager mon poste de travail avec des outils adaptés.
Son message aux adultes qui se reconnaissent
Si en lisant ceci vous vous reconnaissez dans ces descriptions, si vous avez grandi avec l’étiquette de maladroit ou de désorganisé sans explication satisfaisante, un diagnostic adulte est possible et il vaut la peine d’être cherché. Pour trouver des neuropsychologues et des ergothérapeutes spécialisés dans le diagnostic et la prise en charge des adultes DYS, professionnelsdys.fr propose un annuaire complet.