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Steve Jobs, Picasso, Darwin : étaient-ils vraiment DYS ?

Steve Jobs, Picasso, Darwin : étaient-ils vraiment DYS ?

Les listes de génies présumés DYS circulent partout sur internet. Steve Jobs dyslexique, Picasso dyscalculique, Darwin dyslexique : ces affirmations sont-elles fondées ? Et surtout, que révèlent-elles de notre rapport aux troubles DYS ? Enquête rigoureuse sur les cas les plus cités.

Le problème du diagnostic rétrospectif

Avant d’examiner les cas individuels il faut poser un principe fondamental : le diagnostic rétrospectif de troubles DYS sur des personnalités historiques est par définition spéculatif. Les critères diagnostiques actuels de la dyslexie, de la dyscalculie ou du TDAH n’existaient pas à l’époque de ces personnalités. Les informations disponibles sont fragmentaires et filtrées par des siècles de biographies successives. Et les personnes concernées ne peuvent évidemment pas être évaluées avec les outils standardisés qui fondent le diagnostic actuel. Tout diagnostic rétrospectif doit donc être lu comme une hypothèse stimulante, pas comme un fait établi.

Steve Jobs : le cas le plus controversé

Steve Jobs est régulièrement présenté comme dyslexique dans les listes de célébrités DYS. Pourtant les biographies sérieuses, notamment celle de Walter Isaacson basée sur des centaines d’heures d’interviews, ne mentionnent pas de dyslexie. Jobs était un lecteur vorace et un communicant écrit efficace. Ce qui est documenté c’est sa pensée visuelle et systémique extraordinaire, sa capacité à simplifier le complexe et son perfectionnisme obsessionnel. Ces traits sont parfois associés aux profils DYS mais ne permettent pas de conclure à un trouble spécifique. Son inclusion dans les listes DYS semble davantage motivée par la volonté inspirante de l’associer aux troubles que par des éléments biographiques solides.

Pablo Picasso : des éléments plus documentés

Le cas de Picasso est plus intéressant. Plusieurs biographes ont relevé ses difficultés importantes avec la lecture et l’écriture dans l’enfance, sa confusion persistante entre les lettres et les chiffres, et son apprentissage très laborieux de l’alphabet malgré une intelligence clairement au-dessus de la moyenne. Son père, lui-même artiste, aurait décrit son fils comme incapable d’apprendre à lire normalement. Ces éléments sont compatibles avec une dyslexie mais restent insuffisants pour un diagnostic formel. Ce qui est en revanche clairement documenté c’est sa pensée visuelle exceptionnelle et sa capacité à voir le monde sous des angles qu’aucun autre artiste de son époque n’avait explorés.

Charles Darwin : un profil complexe

Darwin est souvent cité comme dyslexique sur la base de ses propres témoignages sur ses difficultés d’écriture et d’expression écrite dans sa jeunesse. Il décrivait lui-même son écriture comme laborieuse et ses premières compositions écrites comme de mauvaise qualité. Mais Darwin était aussi un lecteur insatiable et un observateur méticuleux dont les carnets de notes remplissent des dizaines de volumes. Un profil atypique, certainement, mais compatible avec de nombreuses explications au-delà de la dyslexie.

Ce que ces portraits nous disent vraiment

Au-delà de la véracité des diagnostics rétrospectifs ces portraits remplissent une fonction sociale importante et légitime : démontrer que les difficultés d’apprentissage n’ont pas empêché des personnes extraordinaires de changer le monde. Cette fonction est précieuse pour les enfants DYS et leurs familles. Mais elle doit s’appuyer sur des cas contemporains documentés, comme Richard Branson ou les nombreux artistes et entrepreneurs qui ont parlé ouvertement de leurs troubles, plutôt que sur des attributions spéculatives à des figures historiques. Pour des portraits inspirants de personnes DYS contemporaines et des ressources sur les forces des profils DYS, professionnelsdys.fr propose des guides pratiques.

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