DYS et prison : l’angle mort choquant de la politique d’inclusion française
Les statistiques sont frappantes et peu connues : les troubles DYS sont massivement surreprésentés dans la population carcérale française. Ce phénomène, documenté dans plusieurs études, révèle une défaillance systémique dans le repérage et l’accompagnement des personnes DYS dès l’enfance. Une réalité difficile qui mérite d’être regardée en face.
Les chiffres qui interpellent
Des études menées auprès de populations carcérales en France et dans plusieurs pays européens montrent des prévalences des troubles DYS très supérieures à celles de la population générale. Quand la dyslexie touche environ 8 % de la population générale elle peut toucher 20 à 30 % ou plus de la population carcérale selon certaines études. Ces chiffres ne sont pas une condamnation des personnes DYS : ils révèlent les conséquences tragiques d’un système éducatif et social qui n’a pas su identifier et accompagner ces personnes à temps.
Le parcours typique : de l’échec scolaire à l’exclusion sociale
Le lien entre trouble DYS non diagnostiqué et vulnérabilité sociale n’est pas direct mais il est documenté. Un enfant dyslexique non diagnostiqué accumule les échecs scolaires qui lui sont attribués à tort. Il développe une estime de soi très fragilisée et une conviction d’être incapable d’apprendre. Il décroche de l’école plus tôt que ses pairs. Et sans diplôme ni qualification il se retrouve dans une position de vulnérabilité économique et sociale qui augmente les risques d’exposition à des contextes criminogènes. Ce n’est pas le trouble DYS lui-même qui conduit à la délinquance : c’est l’absence d’accompagnement qui conduit à l’exclusion.
Le diagnostic en prison : trop tard mais pas inutile
Plusieurs initiatives proposent des bilans de repérage des troubles DYS dans les établissements pénitentiaires. Ces bilans révèlent souvent des troubles non diagnostiqués qui expliquent des décennies de difficultés incomprises. Pour les personnes concernées ce diagnostic tardif est une révélation qui change le regard sur leur propre histoire. Il permet aussi de mettre en place des formations professionnelles adaptées et des prises en charge qui peuvent favoriser la réinsertion.
Ce que cela révèle sur notre politique d’inclusion
Cette surreprésentation des DYS en prison est un révélateur brutal de l’insuffisance de notre politique d’inclusion. Un système éducatif qui repère et accompagne tous les enfants DYS dès le CP produit des adultes mieux armés pour la vie sociale et professionnelle. Le coût économique et humain du non-accompagnement précoce des troubles DYS est considérablement supérieur au coût de l’accompagnement lui-même. Investir dans le dépistage précoce et la prise en charge des troubles DYS n’est pas seulement une question d’équité : c’est aussi une question d’efficacité économique collective. Pour des ressources sur le repérage et l’accompagnement précoce des troubles DYS, professionnelsdys.fr propose des guides pratiques.