Les lunettes colorées pour la dyslexie : méthode Irlen, miracles ou mirages ?
Les lunettes colorées ou les filtres chromatiques pour la dyslexie font l’objet de débats scientifiques depuis des décennies. Des parents rapportent des améliorations spectaculaires, des chercheurs restent sceptiques. Voici un état des lieux honnête.
Qu’est-ce que la méthode Irlen ?
La méthode Irlen, développée par la psychologue américaine Helen Irlen dans les années 80, postule que certaines personnes souffrent d’une sensibilité perceptive à certaines longueurs d’onde lumineuses qui perturbe le traitement visuel des textes. L’utilisation de filtres colorés spécifiques à chaque individu permettrait de compenser cette sensibilité et d’améliorer la lecture. Les filtres sont disponibles sous forme de superpositions colorées placées sur le texte ou de lunettes teintées portées lors de la lecture.
Ce que la recherche dit vraiment
Les études scientifiques sur la méthode Irlen donnent des résultats contrastés. Certaines études, souvent financées ou réalisées par des partisans de la méthode, rapportent des améliorations significatives de la lecture et du confort visuel. Des études indépendantes et mieux contrôlées donnent des résultats beaucoup plus modestes ou nuls. La revue Cochrane, référence en termes de synthèse de l’evidence scientifique, conclut à un niveau de preuve insuffisant pour recommander les filtres colorés dans la dyslexie. Le consensus scientifique dominant est que les filtres colorés peuvent apporter un confort visuel subjectif à certaines personnes mais qu’ils ne traitent pas les mécanismes phonologiques qui sont à la base de la dyslexie.
Pour qui les filtres peuvent-ils être utiles ?
Des difficultés de sensibilité à la lumière ou des problèmes de traitement visuel peuvent coexister avec la dyslexie et être partiellement améliorés par des filtres colorés. Dans ces cas les filtres peuvent améliorer le confort de lecture sans traiter la dyslexie elle-même. Un bilan orthoptique complet permet d’identifier si des difficultés visuelles coexistent avec la dyslexie et si des adaptations de ce type peuvent être pertinentes.
Les risques de la méthode Irlen
Le principal risque est financier : les bilans Irlen et les lunettes colorées représentent un coût souvent important non remboursé par la Sécu. Et si les familles investissent dans ces approches au détriment de la rééducation orthophonique, qui reste le traitement de référence avec le meilleur niveau de preuve, l’effet peut être contre-productif. La méthode Irlen peut être un complément mais ne doit jamais remplacer la rééducation orthophonique. Pour des informations sur les approches thérapeutiques validées pour la dyslexie, ladyslexie.fr propose des ressources basées sur les données scientifiques.